Presse

Mercredi 17 décembre 2003
Musique Juive d’Est en Ouest [Paris]
par Maxime Kaprielian (17/12/2003)

Remarquable rétrospective que cette série de concerts autour de l’inspiration juive en musique classique. Une manifestation à la programmation originale, loin des grandes salles de concerts et autres lieux mythiques parisiens (le studio « regard du cygne » est dans un quartier populaire de Paris). 

La sonate pour piano de Gideon Klein se souvient de celle d’Alban Berg dans son développement continu, œuvre post-romantique poussée au paroxysme et trouve en Julia Riabova une interprète idéale qui ne noie jamais ce flot musical complexe dans un brouillard de pédale. 

La sonate pour violon et piano d’Hans Eisler interprétée par Julia Riabova et Philippe Coutelin constitue une forme de catharsis après les chromatismes exacerbés des morceaux précédents, par sa concision et son discours caustique et désabusé. Philippe Coutelen — qui introduit chaque pièce par une courte et précise présentation — sait en « enlaidissant » volontairement sa sonorité rendre justice à cette partition au ton grinçant d’un compositeur contraint à l’exil. Le concert se termine par un saut dans le temps avec la sérénade pour violon et piano de Zemlinsky, œuvre en cinq mouvements disparates d’une écriture limpide et de caractère pastoral, qui contraste avec les pièces plutôt sombre ou désespérées qui la précèdent. 
Par Julia Riabova
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Dimanche 30 octobre 2005

L’attraction Blancafort

Paris
Salle Gaveau
09/30/2005 -  
Franz Schubert : Sonate n° 23, D. 960
Manuel Blancafort : El Parc d’atraccions
Fritz Kreisler : Liebesleid – Liebesfreud (arrangements Rachmaninov)

Julia Riabova (piano)


Pianiste russe âgée de vingt-neuf ans, désormais établie à Paris, Julia Riabova avait pris le risque de débuter son récital par la Vingt-troisième sonate (1828) de Schubert.
La seconde partie fournissait l’occasion d’une intéressante découverte, celle de Manuel Blancafort (1897-1987), venu, comme son ami et compatriote catalan Mompou, étudier à Paris, où il acquit la célébrité lorsque Ricardo Vines créa Le Parc d’attractions (1924). Cette suite de six pièces brèves d’une durée totale d’un peu plus de vingt minutes – à ne pas confondre avec Parc d’attractions – Paris 1937, recueil collectif auquel contribuèrent quelques années plus tard Halffter, Harsanyi, Honegger, Martinu, Mihalovici, Mompou, Rieti, Tansman et Tcherepnine à l’occasion de l’Exposition internationale – s’inscrit dans une époque prônant une certaine simplicité, sous l’influence de Satie et du Groupe des Six, dont on reconnaît ici ou là le langage polytonal. Ayant parfaitement assimilé Debussy et Ravel – Polka de l’équilibriste et Près du dancing apparaissent comme des descendants de Golliwogg’s cakewalk ou de General Lavine–eccentric – Blancafort y apporte cependant une touche très personnelle, moins elliptique et plus brillante que Mompou, mais pleine de nostalgie, d’une feinte naïveté, bien plus allusive et intimiste que descriptive.

C’est exactement à la même époque (respectivement 1921 et 1925) que Rachmaninov adapta deux des plus célèbres miniatures de Kreisler, Liebesleid et Liebesfreud: bien dans la manière des virtuoses compositeurs, les mélodies originales sont enrichies au point d’être étouffées par des lianes d’arabesques, d’ornementations et d’harmonies recherchées, mais Julia Riabova s’y attaque avec panache, montrant qu’elle sait user de la couleur et des contrastes.

Trois bis complètent la soirée: le Treizième prélude (1839) de Chopin, lent mais sans affectation, puis le célèbre Prélude en ut dièse mineur, deuxième des cinq Pièces de fantaisie (1892) de Rachmaninov, monumental sans excès, et enfin le retour de la Polka de l’équilibriste de Blancafort.


Extraits de Simon Corley Concertonet

Par Julia Riabova
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